L'angle mort du mois · Accessibilité

Tout était prêt pour elle. Personne ne lui avait demandé.

Une salle au calme, la lumière baissée, tous les cours envoyés en avance. Chaque aménagement était pensé avec soin. Aucun n'avait été choisi par la personne concernée.

Bonjour,

Depuis deux mois, on tourne autour du même réflexe : vouloir tellement bien faire qu'on prend la place de l'autre. Couper le silence avant qu'il ait trouvé sa réponse. Tout mettre sur la slide pour être sûre que rien ne manque. Ce mois-ci, on retourne sur le terrain de l'accessibilité, là où ce réflexe fait le plus de dégâts : quand on décide à la place de quelqu'un de ce dont il a besoin.

Et pour une fois, la scène n'est pas la mienne. C'est celle d'une collègue, que je te raconte avec son accord. Je te le dis tout de suite : à sa place, j'aurais pu faire exactement pareil.

La scène

Un bootcamp de développement web. Avant le démarrage, une personne du groupe signale un TDAH.

Ma collègue prend l'information très au sérieux. Elle se renseigne, et elle prépare tout avant le premier jour. Une salle à part, au calme, pour que la personne puisse travailler seule plutôt qu'en groupe. Des lumières baissées. Et l'envoi, en avance, de tous les cours et de tous les exercices, pour qu'elle puisse anticiper.

Tout était prêt. Il ne manquait qu'une chose : le lui avoir demandé.

Le premier jour, la personne découvre le dispositif. Et elle fait une crise d'angoisse. Elle ne s'attendait à rien de tout ça. Elle ne voulait pas être isolée. Quant aux supports reçus en avance, elle a compris qu'il fallait les faire. Alors elle a fait tous les exercices, seule, avant même que la formation commence.

Je l'ai appris après coup. Et quand on en a parlé, ma collègue était sonnée. Elle avait tout fait pour bien faire.

Ce qui se passe vraiment

Ce n'était pas un manque de bienveillance. C'était une erreur de destinataire : ma collègue a répondu à un diagnostic, pas à une personne.

Trois choses se sont superposées :

Le mouvement des droits des personnes handicapées a un slogan pour ça : « Rien sur nous sans nous. » La personne concernée est l'experte de son propre fonctionnement. Elle sait ce qui l'aide, ce qui la gêne, ce qui a déjà marché ailleurs. Un aménagement construit sans elle, même parfait sur le papier, reste une hypothèse. Et une hypothèse qu'on impose, ça s'appelle une décision prise à sa place.

Aider, ce n'est pas faire à la place. En accessibilité, c'est même exactement là que le problème commence.

Le réflexe

Demande avant d'aménager. Propose, ne décide pas.

Trois leviers, simples, qui s'additionnent :

À tester ce mois-ci

Reprends les aménagements que tu as déjà mis en place pour quelqu'un. Pour chacun, une seule question : est-ce que la personne l'a choisi, ou est-ce que je l'ai décidé pour elle ? Si c'est la deuxième réponse, transforme-le en proposition, lors d'un échange en tête-à-tête, et laisse-lui le dernier mot.

L'activité du mois

Mon mode d'emploi

En début de formation, tout le groupe remplit une fiche courte et personnelle : « Je travaille le mieux quand… », « Ce qui me fait décrocher… », « Si tu me vois bloqué·e, tu peux… ». Chacun·e choisit ce qu'il ou elle partage, et avec qui. Personne n'est désigné, personne n'a à se justifier. Et toi, tu récupères les besoins de tout le monde, pas seulement de celles et ceux qui ont osé les signaler.

Fiche complète (modèle de fiche, déroulé, version distancielle) :
→ Mon mode d'emploi (extrait de ma Banque de 50 activités d'animation).

Template Notion gratuit · à dupliquer dans ton espace.

Pour aller plus loin

Pour comprendre le TDAH à partir de ce qu'en disent les personnes concernées, et pas d'une liste d'aménagements types : l'association HyperSupers – TDAH France publie des ressources accessibles, pensées par et pour les personnes concernées et leurs proches.
→ tdah-france.fr

Et pour l'histoire du « Rien sur nous sans nous » : Nothing About Us Without Us, James I. Charlton (University of California Press, 1998), le livre qui a popularisé le slogan.

PS : couper le silence, tout mettre sur la slide, tout prévoir sans demander… trois fois le même geste. Et trois fois, la réponse est la même : laisser à l'autre la place de faire sa part. Le mois prochain, on retourne côté pédagogie. En attendant, la posture derrière ce réflexe, je l'aborde dans Former pour toutes et tous, premier chapitre en accès libre.

Au mois prochain,
Anaïs